Pendant que la Coupe du monde réunit 48 nations sur les pelouses des États-Unis, du Canada et du Mexique, un autre football se joue, loin des caméras, sur le stade municipal de Samos. Grâce à la générosité de la municipalité, que nous remercions chaleureusement, les réfugiés accueillis à La Maison peuvent eux aussi enfiler un maillot, former une équipe et retrouver, le temps d’un match, une part de leur dignité.
Là où certains ne voient qu’un ballon, nous voyons des sourires renaître, des langues différentes devenir complices, des blessures s’effacer pendant quatre-vingt-dix minutes. Sur ce terrain, il n’y a ni nationalité, ni religion, ni statut administratif : seulement des femmes et des hommes avec leurs enfants qui courent derrière le même rêve.
Le contraste est saisissant. Alors que la planète célèbre un sport capable de rassembler les peuples, les États-Unis, pays hôte de cette Coupe du monde, ont choisi de réduire une partie de leur aide au développement à destination des populations les plus vulnérables. Ce paradoxe nous rappelle qu’il est parfois plus facile d’organiser une compétition mondiale que de construire une véritable solidarité mondiale.
À Samos, nous faisons le pari inverse. Chaque passe est un geste de confiance. Chaque but est une victoire contre l’exil. Chaque poignée de main après le coup de sifflet final rappelle qu’avant d’être des réfugiés, ces femmes et ces hommes avaient une vie de famille, des passions, un parcours universitaire, un métier ou des talents sportifs.
Le football ne changera peut-être pas le monde à lui seul. Mais il peut changer une journée, redonner espoir et rapprocher des destins que tout semblait opposer. Et c’est souvent ainsi que commencent les plus belles victoires.
La réalisatrice Isaure prenant la parole après la projection
Le 29 juin au soir, au Forum des Images, c’était notre soirée de soutien à La Maison On The Road afin de trouver des fonds.
Catherine L'Haridon, notre Directrice des Ressources Humaines, a lancé la soirée en rendant hommage à Karine Buisset, membre de notre bureau, lâchement assassinée à Goma le 11 mars dernier alors qu'elle effectuait une mission pour l'UNICEF.
Nous avons ensuite montré aux nombreux amis de La Maison - On the Road, le très beau et très émouvant film documentaire de Isaure Nuffer-Cires qui raconte le quotidien de l’équipe de La Maison à Samos auprès des réfugiés et aussi le travail d’autres ONG présentes sur l’ile.
Malgré la contrainte de ne pas pouvoir vraiment montrer les visages des réfugiés, la bande son nous permet de les entendre, de rendre perceptible leurs joies, leurs inquiétudes.
Ce qui est tout à fait réjouissant dans ce film, c’est de voir au jour le jour, l’équipe de La Maison et sa belle énergie, sa bonne humeur, son envie de donner et d’accorder de l’attention à chacun.
La réalisatrice, notre parrain Robert Guédiguian, notre Président Marc Bordure et le fondateur du refuge Marc-Antoine Pineau, nous ont ensuite offert leurs témoignages passionnants sur la situation politique actuelle pour le moins inquiétante.
Ce fut un immense plaisir de voir que nous étions nombreux à cette projection et nous tenons à remercier chaleureusement chacune et chacun car c’est grâce à vous, à tous les donateurs que La Maison - On The Road peut continuer à aider ceux qui n’ont plus rien, à garder espoir.
Merci aussi à Claude Farges et à Cécile Oliva du Forum des Images d’avoir permis que cette projection soit possible et de nous avoir si bien accueillis. Merci à Isaure Nuffer-Cires, merci à tous les participants, et à toute l’équipe des bénévoles qui donnent tant.
Catherine et Alain, des passagers pas vraiment ordinaires !
Abdou lors d'une leçon de natation
Quinze jours à La Maison — juin 2026.
Cela faisait deux ans que je n’étais pas retournée à Samos. En tant que responsable du recrutement des volontaires, il me semblait important de revenir sur le terrain pour retrouver celles et ceux qui font vivre La Maison au quotidien et mieux comprendre la réalité des personnes que nous accompagnons.
J’ai eu le plaisir de constater que les conditions d’accueil des volontaires se sont nettement améliorées depuis notre installation dans la grande maison de Vathy. En revanche, la situation des personnes en demande d’asile reste particulièrement difficile. Après un parcours souvent éprouvant, beaucoup continuent de vivre dans l’attente et l’incertitude au camp de Zervou.
Dans ce contexte, La Maison demeure plus que jamais un refuge de chaleur, de bienveillance et d’humanité. Un lieu où l’on peut souffler, partager un moment simple, retrouver un peu de sérénité et, surtout, être accueilli avec respect et dignité.
Parmi les nombreux moments qui ont marqué ce séjour, une histoire résume à elle seule l’esprit de La Maison. J’étais accompagnée d’Alain, notre Président d’honneur et fondateur de l’association, ancien professeur d’EPS et maître-nageur. Lorsque Salomé, notre coordinatrice, lui a confié qu’Abdou, l’un de nos « helpers », rêvait d’apprendre à nager, Alain lui a proposé quelques leçons. Abdou, qui participe chaque jour à la vie de La Maison en aidant au service du café, du thé et à bien d’autres tâches, s’est investi avec une détermination admirable. Six leçons plus tard, il nageait seul et nous étions tous très fiers.
Ces quinze jours m’ont rappelé pourquoi notre mission est si précieuse. Nous ne pouvons pas effacer toutes les difficultés rencontrées par les personnes en exil, mais nous pouvons leur offrir un espace où elles se sentent vues, écoutées et respectées. Et parfois, cela change beaucoup plus de choses qu’on ne l’imagine.
Je suis repartie de Samos profondément touchée par l’engagement des équipes, des volontaires et des passagers qui font vivre La Maison jour après jour. Plus que jamais, je suis convaincue que chaque geste compte. La solidarité prend souvent la forme de petites attentions : un café partagé, une conversation bienveillante, une écoute sincère… ou six leçons de natation qui permettent à un rêve de devenir réalité.
Catherine
Responsable du recrutement des volontaires
Vie de La Maison
Découvrez les autres organisations présentes sur l’île
MSF dans le camp prison de Zervou
De nombreuses organisations sont présentes à Samos et apportent leur soutien aux demandeurs d’asile.
L’organisation Médecins Sans Frontières, que l’on ne présente plus, est active en Grèce depuis 1991 et depuis de nombreuses années sur les îles de Lesbos et Samos.
MSF, qui intervenait précédemment de manière indépendante au sein du CCAC (Closed Control Access Center) de Samos avec sa clinique mobile, exerce depuis quelques mois ses activités à proximité directe du camp, sur un terrain à quelques centaines de mètres de La Maison, et également en ville.
Ses activités sont évidemment essentielles pour les demandeurs d’asile et réfugiés de Samos, a fortiori au regard des nombreuses lacunes dans le suivi médical assuré par les autorités. Sur le plan opérationnel, nous sommes régulièrement amenés à coopérer avec leurs équipes, notamment pour le soutien des personnes expulsées du camp.
Dans le contexte migratoire violent et parfois mortel que nous connaissons, MSF apporte également une aide cruciale aux demandeurs d’asile accostant à Samos après la dangereuse traversée depuis la Turquie. Enfin, MSF assure un important travail de monitoring de la situation sur l’île et de plaidoyer auprès des autorités, ce qui est précieux pour La Maison et l’ensemble des organisations de Samos.
Nous sommes heureux de pouvoir compter au quotidien sur l’excellente relation de travail que nous entretenons avec cette organisation.
Le mois de juin a été marqué par l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions européennes en matière de migration. Comme de nombreuses organisations de terrain, nous faisons désormais preuve d’une extrême prudence afin de ne pas risquer d’être criminalisés dans nos actions les plus élémentaires.Aujourd’hui, offrir une simple bouteille d’eau à un demandeur d’asile débouté peut être considéré comme une infraction. Nous vous laissons mesurer ce que cette nouvelle réalité signifie pour celles et ceux qui, chaque jour, tentent simplement de préserver un peu de dignité humaine.
Heureusement, pour ne pas laisser cette actualité assombrir notre quotidien, il y a La Maison. Comme le résume si justement notre cher parrain Robert Guédiguian :
« On ne va pas payer des garde-chiourmes pour garder et encercler des réfugiés déjà exclus ! C’est abject !»
Une phrase forte qui rappelle que faire preuve d’humanité ne devrait jamais devenir un délit.
Du côté de notre équipe, les bonnes nouvelles continuent. Osama s’épanouit dans son nouveau métier de loueur de voitures. Marc, notre motard préféré, est revenu comme volontaire à La Maison après son incroyable périple qui l’avait conduit jusqu’en Russie. Annie, de retour de quelques jours de vacances en France, a repris avec enthousiasme ses cours de grec. Salomé et Nicolas tiennent admirablement la maison, épaulés par Anas, Aziz, Abdula, Mustapha and Tony.
Nous avons également eu la joie d’accueillir pendant deux semaines deux volontaires pas tout à fait comme les autres : Alain, fondateur de l’association, président d’honneur et ancien professeur d’EPS, est venu accompagné de Catherine, notre responsable… des richesses humaines — pardon, des ressources humaines ! Fidèle à sa vocation d’enseignant, Alain en a profité pour apprendre à nager à plusieurs réfugiés, offrant bien plus qu’un simple apprentissage : une nouvelle confiance en eux.
En revanche, nous avons dû dire au revoir à nos trois étudiants de l’ESSEC, Pierre-Pascal, Romain et Gabriel, qui sont repartis en France. Leur enthousiasme, leur énergie communicative et les nombreux matchs de football qu’ils ont organisés laisseront un très beau souvenir à toute l’équipe comme à nos passagers. Un immense merci à eux.
À partir du 25 juin, La Maison a fermé ses portes pendant une semaine afin de permettre à l’équipe de prendre un peu de repos. Mais même durant cette pause, il n’était pas question d’abandonner les personnes sans domicile fixe. L’assistance alimentaire s’est poursuivie et personne n’a été laissé sans eau ni nourriture. Notre ami Mohanad, qui tient le seul mini-marché spécialisé en produits arabes et africains de l’île, nous a généreusement offert plusieurs cartons de conserves destinés aux plus démunis. Qu’il en soit chaleureusement remercié.
Cette fermeture temporaire explique en partie une fréquentation légèrement plus faible ce mois-ci. L’autre raison est bien connue à Samos : la chaleur estivale. Sous un soleil de plomb, les quinze minutes de marche nécessaires pour rejoindre La Maison deviennent une véritable épreuve, particulièrement pour les familles avec enfants.
Sur le plan du plaidoyer, Salomé, en tant qu’avocate, représente désormais La Maison au sein d’un groupe de travail réunissant Human Rights Legal Project, Médecins Sans Frontières Grèce, Avocats Sans Frontières France, I Have Rights, Samos Volunteers, La Maison et Selfm.aid. Ensemble, nous dénonçons les conditions indignes dans lesquelles sont accueillis de nombreux demandeurs d’asile au sein du camp.
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